La tortue royale reste en danger critique malgré l’augmentation de sa population

AKP Phnom Penh, le 23 mai 2019 — 

La tortue royale (Batagur affinis) est l’une des 25 espèces de tortues les plus menacées dans le monde et figure sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a dit récemment à l’AKP par télégramme Ouk Vibol, directeur du Département de la conservation des pêches de l’Administration des pêches (FiA). 

M. Vibol a ajouté que cette espèce n’existait que dans certains pays de l’Asie du Sud-Est, tels que le Cambodge, l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande et le Vietnam, soulignant qu’il en existe environ 500 à 700 dans le monde, dont environ 450 au Cambodge. 

On pensait que le reptile aurait disparu au Cambodge jusqu’en 2000, année où un groupe d’experts de la WCS (Wildlife Conservation Society) et de la FiA les a redécouverts dans le système de la rivière Srè Ambel, dans la partie ouest de la province de Koh Kong. 

La même année, a-t-il poursuivi, la WCS a lancé un projet visant à protéger cette espèce en voie de disparition, tandis qu’en 2002, la WCS Cambodia et la FiA ont lancé un programme de protection de nids ainsi que d’autres projets jouant un rôle essentiel dans la protection de l’espèce et impliquant d’anciens collecteurs d’œufs dans ce projet, générant ainsi un revenu supplémentaire pour eux et permettant aux œufs de tortue de bien éclore au lieu d’être collectés pour les vendre. 

Grâce à ce projet, « nous avons 436 tortues, dont 249 ont été conservées au Centre de conservation des reptiles de Koh Kong (KKRCC) et au Centre d’Angkor pour la conservation de la biodiversité (ACCB), tandis que 187 autres, équipées d’émetteurs radio pour suivre leur localisation et leurs mouvements visant à les protéger, ont été relâchées dans la nature », a souligné M. Vibol. 

« Cette espèce de tortue existe principalement le long du système de la rivière Srè Ambel (particulièrement dans le district de Srè Ambel, province de Koh Kong) et certaines dans la province de Preah Sihanouk et dans la rivière Chiphat (du pont Andong Teuk). C’est pourquoi elle est considérée comme une espèce locale qui ne peut survivre que dans ses propres zones, elle est donc facilement menacée lorsque son habitat est détruit », a-t-il expliqué, poursuivant : « Même si le projet de protection de nids est un succès, le dragage de sable, l’exploitation forestière riveraines et la pêche illégale, etc. constituent toujours la plus grande menace pour les habitats de la tortue, et si ces menaces persistent, cette espèce risque de disparaître dans un proche avenir. » 

La FiA et la WCS Cambodia collaborent avec succès au projet de protection de nids depuis son lancement. Elles ont également sensibilisé la population locale, mené des recherches, protégé les habitats et les œufs de tortues, élevé, reproduit, suivi et construit le KKRCC, etc. 

M. Som Sitha, conseiller technique en paysage de la WCS Cambodia, a également souligné par télégramme que neuf des 14 espèces de tortues sont répertoriées et protégées par le ministère de l’Agriculture, des Forêts, de la Chasse et de la Pêche du Royaume du Cambodge. Cette tortue royale est la plus menacée, son habitat étant très restreint à un seul réseau hydrographique du pays, tandis que les autres espèces sont en voie de disparition, comme la tortue mangeuse d’escargot du Mékong (Malayemys subtrijuga). Cette espèce est en vente dans presque tous les marchés du pays. Leurs habitats dépendent des zones humides et de la rizière. 

« L’extraction de sable depuis 2007 est la principale cause du déclin de l’habitat ainsi que de la destruction des habitats par les populations locales. L’abattage illégal pour satisfaire les demandes locales et internationales est aussi le principal facteur de la forte baisse de l’espèce », a-t-il ajouté, continuant : « La circulaire et la déclaration émises le 10 juillet 2017 par le ministère des Mines et de l’Energie d’arrêter tous les types d’activités de dragage de sable dans le système de la rivière Srè Ambel dans la province de Koh Kong ont permis le renouvellement des plages de nidification le long de la rivière. 

Le WCS, l’ACCB, les réserves fauniques de Singapour (WRS) et la FiA collaborent étroitement pour protéger l’espèce et faire en sorte que cette espèce ne disparaisse pas de la nature grâce au programme de réintroduction. 

Michael Meyerhoff, directeur de l’ACCB basé dans la province de Siem Reap, a également exprimé sa préoccupation face à la menace qui pèse sur cette espèce de tortue. Un grand problème avec les tortues est que beaucoup d’espèces prennent du temps pour atteindre la maturité, ce qui les rend très vulnérables aux changements rapides de leur environnement, a-t-il dit. 

La tortue royale a probablement au moins 12 ans pour arriver à maturité, mais certaines en captivité ne se sont pas reproduites alors qu’elles ont déjà 25 ans, a-t-il affirmé. 

« Je crois que certaines personnes ne connaissent pas la tortue royale, alors que d’autres le sont, mais beaucoup ignorent probablement que cette espèce est dans une situation critique d’extinction. […] J’espère vivement qu’avec la participation de tous les citoyens cambodgiens, les autorités, les écologistes et les experts, cette espèce va se développer. » 

La tortue royale a été désignée reptile national du Cambodge par un décret royal daté du 21 mars 2005. Elle se distingue des autres types de tortues car elle peut vivre à la fois en eau douce et en mer. Elle a les yeux blancs, une coquille noire ou grise de 60 cm de long, et n’a que quatre doigts, tandis que la tortue en général a cinq doigts comme les êtres humains. 

Aujourd’hui, le 23 mai, est la Journée mondiale de la tortue dont l’objectif est d’attirer l’attention sur le fait que plus de 50% des 360 espèces de tortues sont globalement menacées ou en voie de disparition et que certaines sont menacées d’extinction, ainsi que d’encourager les actions humaines pour aider les tortues à survivre et à se développer.

Photo: Sitha Som & Mengey Eng (WCS)

Par C. Nika