Un conservateur animalier préoccupé par le rite de relâchement d’animaux

AKP Phnom Penh, le 08 avril 2019 —

Un conservateur de la faune sauvage travaillant au Cambodge s’est dit préoccupé par le rite de relâcher des animaux en captivité dans la nature car cela pourrait mettre en danger des espèces déjà menacées, voire des gens.

Les Cambodgiens ainsi que d’autres bouddhistes croient que le relâchement d’animaux en captivité comme poissons, tortues, oiseaux, etc. nettoiera leurs péchés et leur apportera un bon karma.

Selon Michael Meyerhoff, directeur du Centre d’Angkor pour la conservation de la biodiversité (ACCB), des centaines d’animaux sont vendus à cause de ce rite. Beaucoup de gens veulent aider les animaux et les acheter pour les relâcher dans la nature, mais ces animaux ont beaucoup souffert dans cet état.

A Phnom Penh, à Wat Phnom ou en face du Palais royal, ou près du Jardin royal à Siem Reap, ou ailleurs au Cambodge, les gens vendent des centaines d’animaux, en particulier des oiseaux et des tortues. La plupart de ces animaux souffrent voire meurent avant que l’achat ou la libération ait lieu et beaucoup d’oiseaux meurent peu après le relâchement parce qu’ils sont souvent faibles, stressés ou blessés, a souligné Michael Meyerhoff.

« Certains habitants locaux qui viennent visiter l’ACCB se sentent surpris lorsque nous leur parlons de ce problème. Je pense que le problème réside en grande partie dans le fait que les gens ne pensent pas trop au problème car ils ne le savent pas. Et ils ont bon cœur et veulent aider », a-t-il ajouté.

Meyerhoff reconnaît que cela est lié aux croyances religieuses et que les personnes au bon cœur veulent faire une bonne action. Par conséquent, le public doit savoir que cette pratique a souvent l’effet inverse sur la faune et la conservation en général.

« Par exemple, le Bruant à poitrine jaune, une espèce qui vit en Chine et en Inde, migre de façon saisonnière en Asie du Sud-Est. C’était un oiseau assez commun il y a 15 ou 20 ans. Les gens l’attrapent en Chine et en Asie du Sud-Est. A présent, il est enregistré sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) », a-t-il déclaré.

Mais Michael Meyerhoff ne s’inquiète pas seulement de l’impact négatif de cette pratique sur la conservation, il souligne qu’il « se préoccupe également de la santé de la population ». Le risque de propagation des maladies est élevé, car de nombreux oiseaux sont enfermés ensemble dans de petites cages. Certaines maladies peuvent non seulement se propager entre les oiseaux, mais aussi toucher les êtres humains. Une étude menée à Phnom Penh en 2012 a révélé qu’environ 10% des oiseaux se trouvant à un lieu de relâchement d’animaux étaient porteurs de la grippe aviaire. « Une forme de grippe aviaire est potentiellement mortelle pour les gens. Je vois beaucoup de gens embrasser l’oiseau ou les tenir près du visage lorsqu’ils le relâchent. S’ils n’ont pas de chance, ils peuvent aussi contracter des maladies », a-t-il dit, poursuivant que dans de nombreuses zones rurales, le médecin ne pourrait pas détecter la cause de la maladie.

Le rite de relâchement des animaux en captivité n’affecte pas seulement les oiseaux, mais aussi les tortues déjà très menacées. « Parfois, les gens ont pitié, achètent des tortues et les amènent ici. Nous leur disons toujours de ne pas les acheter. Il est illégal d’acheter et de vendre ces espèces protégées », a dit Meyerhoff, ajoutant : « Beaucoup de tortues qui nous viennent sont dans un très mauvais état. Surtout la tortue mangeuse d’escargot du Mékong, ils vivent généralement seuls et ils sont très sensibles au stress, mais les vendeurs les mettent généralement dans des seaux avec 20 ou plus et les laissent au soleil. »

« Quand ils arrivent à notre centre, ils sont dans un très mauvais état et beaucoup d’entre eux ont besoin de plusieurs mois de traitement et beaucoup meurent en raison de leur état grave », a-t-il dit.

Meyerhoff est optimiste : « Si les gens comprennent le problème de la capture des oiseaux et des tortues pour le rite, beaucoup arrêteraient peut-être de les acheter ou signaleraient même aux autorités. »

D’après Fauna et Flora International, le Cambodge est l’un des pays les plus riches en biodiversité d’Asie du Sud-Est, avec 8.260 espèces de plantes (dont 10% peuvent être endémiques), plus de 250 espèces d’amphibiens et de reptiles, 874 espèces de poissons et plus de 600 espèces d’oiseaux.

Les écologistes s’intéressent particulièrement au paysage de montagnes de Cardamome situé dans le sud-ouest du pays, dans le sud-ouest du pays, qui abrite une diversité remarquable d’espèces, notamment l’éléphant, l’ours et le gaur (le plus gros bovin du monde). Encore relativement inexploré, ce paysage a encore beaucoup de secrets à révéler et de nouvelles espèces sont régulièrement découvertes par des biologistes explorant ses forêts. D’autres vastes zones dans les provinces de Rattanakiri et de Mondulkiri revêtent également une grande importance pour la conservation.

Le Cambodge possède aussi un environnement marin riche, avec des récifs coralliens entourant presque toutes ses îles. On y trouve environ 70 espèces de coraux et de vastes herbiers marins et de mangroves dans le Royaume.

(Photo: Lanh Visal)

Par C. Nika