Peinture et affiche de la civilisation angkorienne à nos jours

AKP Phnom Penh, le 17 avril 2019 —

Situé dans la bande des alizés de l’hémisphère Nord, le Cambodge, additionné de vent de mousson, se trouve exposé au climat tropical, chaud et humide, ce qui favorise le développement brusque des micro-organismes, lesquels attaquent tout de suite des œuvres d’art de valeur et les font réduire tout ou partie en miettes par la suite. A cause de ce climat, aucune fresque antérieure à la période angkorienne n’a subsisté jusqu’à nos jours.

Malgré cette absence de témoignage pictural, nous pourrions même croire que les Cambodgiens eussent peint à leur gré sur des murs des édicules ou des prasats (temples) ou, peut-être, sur des parois rupestres grâce à leur frénésie artistique embryonnaire imprégné profondément en leur âme. Au témoignage de l’art décoratif par impression sur la poterie néolithique de la grotte “spean=pont” du district de Rattanak Mondul de la province de Battambang, les aïeux de caverne des Cambodgiens de l’époque révélaient leur goût à l’usage des matières organiques, auxquelles, croyons-nous, avaient en recours des Cambodgiens dans leur vie quotidienne. L’usage de la glaise est manifeste, aussi ont-ils employé de l’ocre rouge ou jaune et de manganèse pour embellir leurs poteries. Mais aucune trace picturale sur un tel objet ne nous est parvenue. A la recherche d’un art décoratif, toujours évolutif et d’esprit purement Khmer, qui se développait de pair avec l’architecture monumentale, profane ou religieuse, les Cambodgiens connaissaient tout de suite l’art de peinture sur les murs de cella des tours angkoriennes dont deux, bâties en brique, élevées des le début du 10e siècle, situées dans la province de Takéo, sont connues sous le vocable “Neang Khmao=la Noire”, cette étymologie est sanskrite et connue, aussi bien chez les Cambodgiens que chez des Indiens, comme l’une des çakti (énergie) de çiva, dieu créateur et destructeur de l’iconographie hindouiste.

Cette unique peinture murale de la période angkorienne a recours à trois couleurs: rouge, brun rouge et noir. Cette représentation en fresque d’inspiration religieuse se prive de décor végétal, le caractère architectural semblerait témoigner d’une influence des bas-reliefs sur la peinture. Son thème principal est consacré aux exploits du dieu Visnu dans un esprit proche des bas-reliefs de “Prasat Kravann” qui fut élevé en brique sur un même soubassement dont la face-Est s’oppose au taureau nandin, monture favorite de çiva et de son énergie (çakti) Uma. Nous empruntons à J. Boisselier quelques remarques : “Bien que nous relevions dans les textes laotiens l’envoi par le roi du Cambodge, au moment de la fondation du royaume de Lan-Chong ‘à peindre des ornements et des figures’ rien n’est connu pour la fin de la période angkorienne et il faut atteindre la fin du 16e ou le 17e siècle pour retrouver, à Angkor Wat notamment, quelques traces de peinture”. Certes, le 16e siècle était le siècle de vocation de la peinture en or sur fond noir, lequel provient de la laque obtenu d’essence ayant une affinité avec l’or : le Kroel. Les pièces de la galerie de 1 000 Bouddha d’Angkor Wat sont presque toutes peintes et dorées. Un orant en bois du Musée national agenouillé, aux mains jointes à la hauteur de la poitrine, est l’œuvre, elle aussi, du 16e siècle et un exemple concret d’usage de la peinture de l’époque, il n’est pas impossible qu’au temps de la construction de la ville d’Angkor, les Cambodgiens doués de talent aient recouvert leurs temples de la polychromie dont le prélèvement en explique la présence dans le creux du décor floral ou de bas-relief du temple de Bayon. Ceci est la preuve manifeste d’usage de détrempe broyée et délayée dans une eau additionnée de Colle servant de couleur de base pour pouvoir ensuite appliquer la dorure sur motifs décoratifs des œuvres réalisées. Ainsi les missionnaires étrangers venus au Cambodge au 13e siècle s’émerveillaient-ils sur l’état de la ville d’Angkor dont les temples scintillaient à mille éclats d’or au coucher du soleil.

Mais il est remarquable que, dans la période contemporaine, les murs intérieurs des pagodes, les volets et vantaux de grands établissements d’Etat comme le Musée national de Phnom Penh, des pièces de vitre, des petites toiles, des murs de la galerie pour tournante de la pagode d’Emeraude soient encore très souvent couverts de peintures en détrempe; les sujets traités se rattachent souvent soit à la scène de la vie antérieure du Bouddha, surtout ses 10 dernières vies avant qu’il ait atteint le parinirvana, sa délivrance complète, soit aux grandes épopées classiques, en particulier le Ramayana Khmer, soit la prêche du Bienheureux Anrès qu’il ait découvert ses connaissances, mais la technique de peinture des artistes contemporains est surtout conventionnelle en ce qui concerne les costumes, l’architecture, les personnages et leurs gestes, leurs attitudes et les paysages. Quant aux animaux, ils aiment bien styliser leurs aspects et choisissent des êtres mythiques, Garada, Kinnara, Gaja-simha, comme animaux ou oiseaux de prédilection.

Depuis la création de l’Ecole des Beaux-Arts à Phnom Penh en 1917, un certain nombre de jeunes artistes se sont orientés vers les techniques de la peinture occidentale, mais la discipline principale enseignée s’est accentuée à la peinture traditionnelle dont la couleur principale est brun rouge, bleu, vert, jaune, blanc et noir et le dessin est posé en à-plat; les dessinateurs ne tiennent pas compte du volume; ce qui compte est la couleur vive et brillante; la règle de perspective, elle aussi, n’entre peut-être pas dans la composition. Il existe certainement des peintres qui ne manquent pas de talent, mais rares sont ceux qui ont réussi à exprimer, sur la surface réduite de la toile de chevalet, leurs qualités innées de composition et leur sens d’harmonie des couleurs. La tradition de peinture traditionnelle retrouvait encore sa place quand l’Université des Beaux-Arts fut ouverte en 1965; bien plus, cet établissement divisait la branche de peinture en plusieurs sections telles celles de la peinture moderne, la peinture traditionnelle et la section des affiches; les dernières ont continué leur tradition jusqu’à nos jours.

Par AKP