Apsara, danseuse bien humaine

AKP Phnom Penh, le 15 avril 2019 —

Dans les textes du Véda et les textes post-védiques était mentionnée la présence, très populaire, d’apsara comme la nymphe des montagnes, son dieu favori aussi bien que Gendhavas. Aussi la mentionnent-ils, les textes du Coran puranas dont le thème le plus fréquent est le barattage de l’Océan de lait pour en extraire l’ambroisie, le nectar de l’immortalité dont ont besoin tous les êtres qui – ici dans la mythologie de l’Inde – sont en premier lieu les Devas et les Asuras, tous deux sont ennemis les uns des autres. De ce barattage de l’océan lacté naissent les Apsaras qui sont représentées sur les murs de la 3e enceinte d’Angkor Wat, parmi les autres êtres tels que l’éléphant airavan tricéphale, la Sri Laksmi, le cheval uccaisvara, par les artisans Khmers avec un art consommé. Il est également à noter, pour mieux comprendre, qu’au moment du barattage surgit l’Arbre Parijata dont les fleurs sont choisies par les Apsaras pour embaumer le monde. Ainsi, la branche fleurie que tient chaque Apsara n’est autre chose que celle de l’Arbre Parijata.

Quelle est donc la personnalité d’Apsara ? Selon la mythologie, elle est belle, dotée d’une belle voix mélodieuse, intelligente, et dit-on, elle connaît bien la musique et excelle dans la danse. A notre avis, elle représente les qualités de l’homme actuel : l’intelligence, la qualité innée d’artiste, même la beauté réelle.

Depuis le temps d’Angkor, l’image d’Apsara est stylisée respectivement, par techniques différentes, sur la pierre, le bois et dans les ateliers des orfèvres. Ces derniers n’en produisent que des broches de souvenir en métal, surtout en argent que préfèrent beaucoup de clients. A quoi sert Apsara depuis la gloire d’Angkor jusqu’à nos jours ? A signaler, d’après la constatation de K.W. Srivastava, chef d’une mission archéologique de l’Inde venue à Angkor en 1984, que les sculpteurs Khmers nous léguaient, sur les murs des temples aussi bien en pierres qu’en briques, plus de 1.600 (mille six cents), non compris des autres déités, Apsaras qui y figuraient depuis, selon son avis, la fondation de Prasat Phnom Bakhèng, de Banteay Srei jusqu’à l’apogée d’Angkor.

Les bas-reliefs nous montrent que les Apsaras vivent en foule; elles dansent pour la prospérité en tenant des guirlandes de fleurs; à l’époque angkorienne, il semblerait que la danse d’Apsara n’aurait été organisée que dans le palais en vue d’exaucer un vœu, donner la bénédiction ou accueillir des hôtes distingués en leur présentant sans doute la danse dite d’accueil; comme la mythologie l’indique, chaque Apsara, aussi bien au temps d’Angkor qu’aujourd’hui, tient une branche de fleurs symbolisant les fleurs de Parijata pour embaumer tous ceux qui y assistent. Mais voilà un caractère particulier, peut-être même sacré, de la danse d’Apsara. Celle-ci ne se déroule pas au hasard ou bien dans n’importe quel endroit.

Par suite de la signification donnée par le langage gestuel de la main des danseuses, on peut saisir tout de suite que la danse d’Apsara exprime incontestablement le déroulement de la vie des êtres dans le cycle de transmigrations où tout est évolué de la naissance à la disparition des vies sur la Terre. Ainsi, toutes les Apsaras se situent-elles parmi les humains qui se plaisent dans la nature. Mais elles ne se donnent pas dans le romantisme, le réalisme ou l’existentialisme.

Prenons par exemple le geste des danseuses qui par le jeu de leur index, de leurs cinq doigts, par la jonction du pouce et de l’index, veulent dire aux spectateurs que les nouvelles graines recommencent à bourgeonner. Le cycle de la vie recommence. L’index représente le bourgeon ; les cinq doigts, les feuilles, la forme ronde de l’index et du pouce, le fruit; et le mouvement brusque d’écartement de ces derniers est la dernière phase des fruits qui mûrissent et éclosent par la suite. Alors leurs grains s’éparpillent à tous vents et, sous l’action des éléments climatiques, germent et donnent des bourgeons. Et voilà la cycle de la vie !

Nos artistes actuels comme ceux d’antan, choisissent l’Apsara comme le symbole des êtres féminins Khmers, toujours reconnaissants envers tous ceux qui leur font des bienfaits, outre la beauté qu’elle a, on la trouve pleine de générosité, de compassion pour le bonheur d’autrui, de clémence, de pitié, d’intelligence et, peut-être, enfin de tendresse qu’illustrent les bas-reliefs du Bayon (13e siècle).

L’Apsara semble pourvue de l’esprit d’équipe, de communauté ; car sur les bas-reliefs, elles se groupent soit en frise, soit sur les entre-pilastres, soit sur les piliers, soit en antéfixes des monuments surtout du style d’Angkor Wat et du Bayon.

Peut-on voir une telle sagesse du sexe féminin Khmer dans la personnalité d’Apsara? Mais oui, à notre avis, selon les textes des manuels éducatifs des poètes Khmers au temps d’Oudong et de Chadumukha, l’auteur du célèbre Chbab Sri et Chbab purusa, indique : “Quand on sort, il lui faut au nombre de 3, quand on parle, au nombre de 4″. De cette base, très inculquée dans les convenances de la fille khmère, les Apsaras vont toujours ensemble comme les jeunes filles idéales cambodgiennes de nos jours.

Les artistes du temps d’Angkor traduisaient les mœurs et coutumes khmères à travers les Apsaras et autres déités même ; car plus de 1.600 figures à Angkor rappellent les différentes modes d’habits et de coiffures des jeunes filles khmères de différentes couches sociales de l’époque.

AKP